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Pourquoi l'échelle du risque avalanche est completement inefficace ?

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Message du
19 décembre 2019
Par Visiteur anonyme

Bonjour,

Je suis chargé de prévention des risques et j'étudie dans le cadre de mon travail le comportement humain face aux dangers.

Votre excellent site internet donnant accès à de très bons articles sur la gestion du risque en montagne. Je souhaiterais mettre en avant les facteurs influençant la prise de décision des skieurs face à une zone dangereuse notamment :

-          L'évaluation de ces propres capacités, bien souvent surestimées car sous l'influence du groupe et de l'adrénaline.

-          La prise de conscience des conséquences, on prend plus conscience de l'exploit réalisé en franchissant cette combe dans la poudreuse que des conséquences catastrophiques en cas de déclenchement d'avalanche.

-          L'évaluation du risque de l'environnement neigeux, plaque á vent, pente, météo, nivologie, orientation, ensoleillement...

-          L'effort pour se mettre en sécurité, perte de temps pour faire un détour par exemple, coût supplémentaire pour s'équiper avec sondes, pelles, ARVA, ou prendre un service de guide de haute montagne...

Au vue de ces paramètres qui entrent dans le processus de décision du skieur ; je trouve anormal que ce soit lui (le skieur) qui doit prendre lui-même la décision s'il peut s'engager sur une zone enneigée.

En effet l'échelle de risque actuelle : de 1 à 5, laisse une trop grande ambiguïté pour le skieur sur les niveaux 3-4 et le laisse seul face à sa décision.

L'évaluation du risque doit être directement lié à la décision à prendre ; les évaluations des risques doivent conditionner la décision, le résultat des évaluations des risques doit provoquer une décision claire.

Je suggérerai d'associer clairement au niveaux des risques 3-4 et 5 ; une interdiction formelle de pratique hors-piste (soumis a contravention) comme le drapeau rouge sur les plages en bord de mer.

Une pratique avec précaution (bon niveau, accompagné d'un guide et de matériel de recherche) pour le niveau 2.

Aucun problème pour faire du hors-piste ; aucun risque d'avalanche en niveau 1.

Il est anormal de laisser la prise de décision aux skieurs en annonçant un niveau 3 ou 4. C'est d'ailleurs sur ces niveaux que la grande majorité des accidents arrivent, car on reste dans l'incertitude. L'échelle devrait être modifiée sur 3 niveaux seulement :

1         Aucun risque d'avalanche ; zone sure. (niveau 1 actuel)

2         Pratique du ski dans cette zone uniquement si les skieurs ont un bon niveau, sont en groupe et possède l'équipement d'alerte et de recherche (niveau 2 actuel).

3         Pratique du ski dans cette zone strictement interdit, sous peine de contravention (niveau 3-4-5 actuel).

A votre disposition pour échanger sur le sujet des niveaux d'évaluation du risque avalanches.

 

 
Le 20 décembre 2019
Par
Sébastien Gominet (Institut des Risques Majeurs)
Forum de l'Institut des Risques Majeurs

Bonjour,
On ne va plus beaucoup skier dans nos montagnes avec une interdiction à partir d’un risque 3… :-)
Je pense qu’il vaut mieux favoriser la sensibilisation et la formation des pratiquants plutôt que l’interdiction pure et simple comme vous le proposez. Une association, l’Anena, travaille dans ce sens depuis des dizaines d’années.
Concernant le parallèle que vous faîtes avec les plages, l’interdiction en cas de drapeau rouge vaut pour celles qui sont surveillées… pas pour les centaines de kilomètres de côtes. Et la montagne est vaste…
Bref j’avoue rester un peu perplexe par rapport à vos propositions…
Pour quel organisme travaillez-vous ?
Cordialement,
Sébastien Gominet

 
Le 21 décembre 2019
Par Visiteur anonyme

Bonjour,

Mais la plupart des morts le sont sur un niveau 3...

Ce que je remet en question c'est la matrice du risque, la définition du niveau 3 est : Déclenchement possible meme par faible surcharge [...] sur pente et le niveu 4 Déclenchement probable meme par faible surcharge [...] sur penete raide.

Expliquer moi comment vous pouvez sensibiliser des pratiquants occasionnels à la différence entre possible et probable... et pente et pente raide ?

Ce que je pointe également comme hypocrisie c'est de justement laisser l'appréciation du risque et surtout la décision a prendre face à ce risque a une bande de jeunes skieurs occasionnels qui a traversé l'europe pour skier une semaine dans les Alpes et qui devraient réussir a connaitre la difference entre probable et possible...sans parler de la traduction.

Je ne parle ici que des stations de ski pas de toute la montagne bien évidement.

Je travaille pour le CERN pour la prevention des risques au travail et je m'interresse à l'influence des facteurs humains et organisationnels.

Ce que l'on observe c'est que dans la pratique d'une activité, surtout de loisir, il y a un effet tunnel qui éloigne la possibilité pour des personnes de prendre une décision rationnelle face au danger.

Le taux de mortalité de la pratique des sports d'hiver est considerable comparé aux autres activités de loisir et rien n'est fait pour le baisser. Une approche de simple sensibilisation est vaine, surtout basé sur une matrice de définition du niveau de risque totalement interprétable.

Bien cordialement

Simon Chérault

 
Le 24 décembre 2019
Par
Sébastien Gominet (Institut des Risques Majeurs)
Forum de l'Institut des Risques Majeurs

Bonjour,


Le bulletin d'estimation du risque d'avalanche est un outil d’aide à la décision très certainement perfectible mais qui, dans tous les cas, ne peut se suffire à lui-même. Il n’a d’ailleurs pas cette prétention et c’est un outil parmi d’autres, qui ne remplace pas une formation individuelle sur la neige et les avalanches.


Le sujet de la liberté de circulation en montagne VS l’interdiction de certaines pratiques à certains moments revient régulièrement, notamment dans les médias à l’occasion de quelques catastrophes marquantes. Il existe sur ce sujet autant d’avis que d’intérêts contradictoires. Il me semble dans tous les cas que l’interdiction pure et simple ne résoudrait pas les problèmes et qu’il n’est pas scandaleux de laisser « l'appréciation du risque et surtout la décision à prendre face à ce risque » à chacun. C’est une question de responsabilisation individuelle ou de responsabilisation des enfants par les parents si on estime que les personnes considérées sont trop jeunes. Je ne connais pas la situation de toutes les stations de ski, mais en général, il faut passer sous des filets pour accéder à des secteurs hors pistes…


C’est vrai que la mortalité est importante dans la pratique des sports d’hiver, mais c’est vrai aussi qu’on a vu depuis 20 ans une explosion du nombre de pratiquants sans pour autant qu’il y ait une augmentation significative du nombre de morts, et c’est donc bien que la sensibilisation et la formation servent à quelque chose.


La question de l’accidentologie est abordée par l’Anena régulièrement dans sa revue, et récemment au cours d’un travail de thèse mené par Mathilde Gletty : https://www.fondation-maif.fr/up/pj/Rapportfinal_avalanches.pdf

cordialement

 

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