
Cet article retrace l’évolution historique des institutions de protection contre les inondations dans la plaine de Grenoble, de 1219 à 1778. En nous appuyant sur la notion de contrat hydro-social (Novalia et al., 2009 ; Dill & Pelling, 2010), nous proposons de modéliser le rapport évolutif qu’entretiennent les habitants à la puissance publique relativement à la question des inondations. Déployant une démarche fondée sur l’institutionnalisme historique critique (Cleaver & Koenig, 2015), nos résultats dégagent trois configurations institutionnelles ou « agencements régulatoires » distincts, reflétant trois manières d’assurer la protection contre les inondations. En termes d’acteurs mobilisés, nous mettons ainsi en évidence un transfert progressif des missions de protection contre les inondations des communautés habitantes en direction de la ville de Grenoble puis de l’État. Le deuxième fait stylisé, relatif à la nature des assemblages institutionnels spécifiés historiquement, témoigne d’une évolution progressive de leur structuration : nous formulons l’hypothèse que cette dernière s’appuie successivement, à une période donnée et de manière prioritaire, sur l’un des « piliers » institutionnels (cognitif, normatif et réglementaire) introduits par Scott (1995). Nous montrons enfin que la nature des agencements spécifiés révèle leur niveau de cohérence et de robustesse, et que leur évolution peut se comprendre, parmi d’autres facteurs explicatifs, à l’aune de l’exacerbation ou du reflux des conflits et des inégalités qu’ils génèrent.
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