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Le webdocumentaire "ça n'arrive pas qu'aux autres" en compétition aux Deauville Green Awards

| le 09-06-2014 | par Sébastien Gominet - Géographe, IRMa | 3300 vues | Recommander cet article | Ajouter aux favoris |
Le webdocumentaire

Le webdocumentaire "ça n'arrive pas qu'aux autres - histoires de crues en Rhône-Alpes" fait partie de la sélection officielle du 3è festival international des productions audiovisuelles pour le développement durable et l'écologie qui se tiendra à Deauville, les 17, 18 et 19 juin prochains.

Inscrit dans la catégorie "changements climatiques et sociétés", le webdocumentaire sera projeté lors du festival le 19 juin à Deauville (voir la liste des films en compétition ici).

Disons le clairement, l'objectif initial de ce webdocumentaire n'était pas d'aborder le sujet du réchauffement climatique. Il s'agissait plutôt de sensibiliser la population rhône-alpine sur la question de la rapidité et de la puissance des phénomènes de crues torrentielles. L'idée était de donner la parole à des personnes qui avaient vécu de telles crues, pour tenter d'aborder au plus près, la réalité de ces événements, notamment du point de vue de leur temporalité.

L'idée d'inscrire le webdocumentaire dans une catégorie intitulée "changements climatiques et sociétés" nous est venue après que la commune de Saint-Donat-sur-l'Herbasse, dans la Drôme, a été à nouveau inondée le 23 octobre 2013, 5 ans après la crue catastrophique dont il est question dans le webdocumentaire (crue du 6 septembre 2008).  En 5 ans, il s'agissait donc de la 2è crue centennale sur le bassin versant de l'Herbasse (voir à ce sujet l'interview de Julien Chapier du SIABH ici). Il est souvent rappelé par les spécialistes qu'une crue centennale a 1 chance sur 100 de se produire chaque année. On dit aussi qu'elle se produit en moyenne tous les 100 ans. Il est donc possible, statistiquement, que deux crues centennales se produisent la même année ou sur 5 ans, comme c'est le cas ici. Il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'événements rares, et toujours destructeurs. La crue centennale est la crue de référence à prendre en compte pour la gestion de l'urbanisation en zone à risque (si aucune crue historique plus forte n'est connue sur le bassin versant).

Les communes de Charmes-sur-l'Herbasse, de Saint-Donat-sur-l'Herbasse et de Clérieux, qui font partie du bassin versant de l'Herbasse, ont donc été touchées deux fois en 5 ans par une crue majeure. Sachant qu'elles avaient aussi été inondées en 1999 (Charmes et Clérieux essentiellement) et dans une moindre mesure en 2003, la question de l'augmentation de la fréquence de ces crues rares, et donc d'un possible lien avec le réchauffement climatique pouvait venir à l'esprit. En effet, à l'occasion de nombreuses catastrophes naturelles survenues en France et dans le monde, le lien est couramment fait dans les médias et dans l'esprit de beaucoup d'entre nous, entre une augmentation supposée de la fréquence de ces événements catastrophiques et le réchauffement climatique. Des propos tenus dans des ouvrages ou des articles de journaux sont même assez anxiogènes sur le sujet. Or nous n'avons pas encore le recul suffisant du point de vue statistique et les informations détaillées nécessaires à l'échelle de la région Rhône-Alpes, pour dire si la fréquence et l'intensité des crues torrentielles a augmenté ces dernières années. Nous n'avons pas non plus les connaissances scientifiques suffisantes pour évaluer avec précision l'impact du changement climatique sur les précipitations extrêmes dans la région et notamment en zone de montagne.

Le Plan national d’adaptation au changement climatique (2011) mis en place par le Ministère de l'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie, précise que le réchauffement climatique pourrait s'accompagner d'une diminution des précipitations moyennes en France métropolitaine : "le signe des changements de précipitations moyennes est relativement incertain pour l’hiver et l’automne où il varie selon les horizons, les régions ou les scénarios (...). En revanche, les deux scénarios montrent une tendance à la diminution des précipitations au printemps et en été." L'étude indique alors qu'il existe peu de simulations hydrologiques utilisant les scénarios régionaux d'émissions de gaz à effet de serre mais que plusieurs travaux peuvent cependant donner une idée des changements prévus : "la première étude indique une forte diminution généralisée sur la France des débits moyens en été et en automne, des étiages plus précoces et sévères sur l’ensemble du pays, mais une augmentation des débits en hiver sur les Alpes et le Sud-Est". L'étude précise que les changements attendus des débits intenses sont bien plus modérés que ceux des débits moyens et que "les crues extrêmes ne changeraient pas significativement". Donc pas d'amélioration mais pas d'aggravation non plus...

En revanche, un autre rapport du Ministère de l'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie, "Chiffres clés du climat - France et Monde - Édition 2011", citant des données du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), indique que "la décroissance du nombre de jours inhabituellement froids et la croissance du nombre de jours inhabituellement chauds sont bien marquées depuis les années 1990 qui voient également l’accumulation d’anomalies en ce qui concerne les précipitations".

L’indicateur utilisé est la part des pluies anormalement fortes dans les précipitations annuelles. Ce graphique présente l’écart, en %, entre cette part et la moyenne observée sur la période 1961-1990. La courbe orange montre les variations décennales.  Toutes les régions du monde ne sont pas représentées par manque de données. Source : GIEC, 1er groupe de travail, 2007.

L'article de Didier Richard, Emmanuelle George-Marcelpoil et Vincent Boudieres, "Changement climatique et développement des territoires de montagne : quelles connaissances pour quelles pistes d’action ?" disponible ici, relativise l'importance des données du GIEC pour l'évaluation des risques liés au réchauffement climatique en zone de montagne. Il précise que les scénarios d’évolution des précipitations restent à ce jour, bien incertains : "les connaissances relatives au changement climatique s’affinent continument et la réalité d’évolutions climatiques s’impose avec de plus en plus d’évidence. C’est particulièrement le cas pour l’accélération de l’augmentation des températures moyennes depuis une vingtaine d’années. Les évolutions d’autres variables climatiques ne sont toutefois pas observées avec autant de clarté. C’est le cas des précipitations dont on peine à conclure si elles augmentent, restent stables ou diminuent, compte-tenu notamment de leur grande variabilité. Une grande prudence s’impose donc dans l’interprétation. Les connaissances actuelles sur les évolutions climatiques à venir souffrent d’une autre faiblesse. Les modélisations prospectives de l’évolution du climat, mises en œuvre dans le GIEC, reposent sur des échelles « régionales » au sens planétaire, c'est-à-dire d’une résolution de l’ordre de quelques centaines de kilomètres carrés. Ces modélisations sont donc incapables à l’heure actuelle de rendre compte des variabilités connues à l’échelle de massifs montagneux comme les Alpes, en conséquence de phénomènes locaux liés à la topographie, à des effets de vallées, à des expositions contrastées, aux altitudes diverses."

Concernant les phénomènes de lave torrentielle, dont il question dans le chapitre 1 du webdocumentaire (crue du torrent de l'Armancette aux Contamines-Montjoie le 22 août 2005), les auteurs précisent enfin que "même si aucune tendance ni évolution n’est aujourd’hui détectable, il ne paraît pas déraisonnable d’imaginer que les volumes mobilisables par les laves torrentielles, et de façon secondaire par les crues avec charriage torrentiel, seront accrus en raison de la fonte du pergélisol (1) là où il est présent, ou du recul des glaciers qui dans certains cas pourraient remettre des matériaux morainiques à la disposition des torrents".

Dans le domaine des crues et des inondations en france métropolitaine et de l'aggravation de leur fréquence et de leur intensité en lien avec le réchauffement climatique, la prudence s'impose donc véritablement... mais rien n'empêche de se poser des questions et de continuer à travailler avec les outils de prévention existants (maîtrise de l'urbanisation, travaux de protection, gestion communale de crise, information et sensibilisation des populations, etc.).

 

(1) - sol gelé en permanence

 

Plan national d'adaptation de la France aux effets du changement climatique. 2011-2015
Ministère de l'Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement - Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique (ONERC)
Paris : Ministère de l'Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, 2011, 188 p.

Chiffres clés du climat : France et monde. Édition 2011
CDC Climat Recherche - Direction Générale de l?Energie et du Climat ? SCEE - Service d'Observation et des Statistiques (SOeS) / Commissariat Général au développement durable
Paris : Ministère de l'Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, 2011

Changement climatique et développement des territoires de montagne : quelles connaissances pour quelles pistes d’action ?
Boudières, Vincent - George-Marcelpoil, Emmanuelle - Richard, Didier
2010

 

Bibliographie complète ici

 

En savoir plus :

> Accéder au webdocumentaire "ça n'arrive pas qu'aux autres" :
http://www.risques.tv/ca-narrive-pas-quaux-autres/

> les films en compétition :
http://www.deauvillegreenawards.com/index.php/fr/competition/selection-officielle-2014



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