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Le glissement de terrain de 1931 au Châtelard (Savoie) est encore aujourd'hui un sujet d'actualité

| le 13-10-2015 | par Sébastien Gominet - Géographe, IRMa | 4218 vues | Recommander cet article | Ajouter aux favoris |
Le glissement de terrain de 1931 au Châtelard (Savoie) est encore aujourd'hui un sujet d'actualité
Projection du film "les Maîtres du Mont déserté" dans la salle communale du Châtelard (Massif des Bauges, Savoie) © IRMa

Organisée par le Parc Naturel Régional du Massif des Bauges, la projection du film "les Maîtres du Mont déserté" devant une centaine d'habitants du Châtelard (Savoie) a été l'occasion de ranimer un peu la mémoire de la catastrophe de 1931 dans la commune : un glissement de terrain avait alors, en quelques jours, détruit plusieurs maisons et contraint plus de 70 personnes à un exil définitif. Mais pourquoi reparler de tout ça plus de 80 ans après ?

Tout simplement parce que ce glissement de terrain fait partie intégrante de l'histoire géologique, humaine et environnementale de ce territoire de montagne. Parce qu'il a été à l'origine de travaux colossaux de drainage et de reboisement du versant qui ont façonné le paysage d'aujourd'hui et dont l'entretien est plus que jamais indispensable pour protéger le village du Châtelard en aval. Et aussi, bien sûr, parce que l'histoire de ce glissement n'est pas terminée comme l'atteste la dernière réactivation qui s'est produite au moment où le film était sur le point d'être terminé : 200 000 m3 de terrain se sont affaissés de 2 à 8 mètres de profondeur et ont glissé vers l'aval de plus de 25 mètres.

Réactivation du glissement de terrain du Châtelard à la fin de l'hiver 2015

Comme dans le cas des inondations, qui viennent encore de toucher le sud de la France, l'histoire nous aide à comprendre le présent et les rapports complexes que l'homme entretient avec son territoire. Pas simplement l'histoire de la  catastrophe, forcément limitée dans le temps, mais aussi celle du développement de l'habitat, de l'exploitation de la terre, des travaux et des aménagements. Comme dans le cas des inondations, la connaissance fine des travaux de protection réalisés nous aide à comprendre qu'il n'existe pas de protection absolue mais que nous nous protégeons contre un risque choisi : une coulée de boue de 100 000 m3 par exemple, ou une crue de X m3 par seconde dans le cas des inondations. C'est un juste milieu entre une protection donnée et un coût acceptable des travaux. On ne le répètera jamais assez...

Ce que l'on appelle la "culture du risque", qui selon tous les rapports qui se succèdent depuis 20 ans, manque cruellement en France, doit pour se développer, passer par ce travail de mémoire et d'explication des phénomènes en présence et des événements passés. Pourquoi les hommes se sont-ils installés dans un secteur dangereux, connaissaient-ils les risques de glissement de terrain à l'époque et ces risques ont-ils évolué depuis ? La catastrophe a-t-elle pour origine un événement météorologique exceptionnel ? La forêt a-t-elle réellement permis de stabiliser les terrains, le réseau de drainage doit-il être entretenu chaque année et sinon que peut-il se passer ? Des phénomènes similaires existent-ils ailleurs ? Dans les Bauges ? Dans les Alpes ? Autant de questions auxquelles ont tenté de répondre, après la projection, les protagonistes du film :  Fabien Hobléa de l'université Savoie Mont-Blanc, Christophe Lansigu et Benoit Tiberghien du Parc des Bauges, Didier Waskak du service de Restauration des Terrains en Montagne de la Savoie.

La mémoire des événements naturels (catastrophiques ou non) se perd un peu partout, c'est une réalité, même entre génération d'une même famille implantée depuis longtemps sur un territoire. Des parents qui ont vécu des crues importantes (dans les années 60 par exemple) n'en ont souvent que peu transmis de choses à leurs enfants. Pas suffisamment en tout cas pour qu'ils aient suffisamment peur qu'un tel événement survienne à nouveau et qu'ils aient envie de s'en protéger ou de ne pas s'y exposer. Face à cette perte de mémoire bien réelle, les services de l'Etat, les établissements publics, les scientifiques et les associations qui travaillent sur la question des risques ont le devoir de sensibiliser, d'informer, de discuter avec les populations exposées. D'être à leur écoute pour pouvoir échanger avec elles sur la connaissance que nous avons de ces phénomènes, forcément imparfaite et limitée, et sur les moyens de s'en protéger. Nous trouvons toujours des personnes intéressées au cours de ces soirées, de ces journées de terrain ou de ces réunions publiques organisées sur ces sujets. Mais la réalité est aussi qu'elles sont malheureusement souvent bien trop peu nombreuses.

Voir le film "les Maîtres du Mont déserté" :

 

 

En savoir plus :

> Voir notre article "les risques naturels peuvent aussi être un objet de valorisation d'un territoire"
../01actualite/01articles_afficher.php?id_actualite=624


Télécharger :

> Télécharger le dossier de presse du film "les Maîtres du Mont déserté"
http://www.irma-grenoble.com/PDF/actualite/articles/Dossier_de_presse_Maitres_mont_deserte.pdf



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