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Quelle information préventive pour adapter les comportements des populations aux inondations ?

Le 01-12-2021 | Par Stéphanie Bidault - directrice du Centre européen de prévention du risque d’inondation (CEPRI) | 1165 vues | Recommander cet article | Ajouter aux favoris |
Quelle information préventive pour adapter les comportements des populations aux inondations ?
© Cepri

Instaurer une véritable culture du risque dans les territoires exposés aux inondations reste une absolue nécessité. Rien n’est possible, ni réellement efficace si les populations ne perçoivent pas la réalité du risque auquel elles sont soumises, si elles ne savent pas comment agir. Fort de ces enseignements, le CEPRI a constitué un panorama des outils de communication dédiés au risque inondation dans une volonté tant préventive que réactive.

 

La résilience de nos territoires exposés au risque d’inondation repose en partie sur l’action des populations et leur capacité à adapter leur comportement. Lors d’un évènement, les situations de décès révèlent souvent une prise de risque ou une sous-estimation du danger. Les comportements inadaptés compliquent la gestion de crise et le retour à la normale. Sensibiliser efficacement une population est une démarche des plus complexes. Les évènements récents en sont encore la preuve ; la sensibilisation des populations au risque inondation reste un enjeu central de la politique de prévention.

Un arsenal réglementaire de sensibilisation peu efficace

Le ministère de la Transition écologique (MTE) nous rappelle qu’un des moyens essentiels de la prévention est l’adoption par les citoyens de comportements adaptés aux menaces. Dans cette optique, la loi du 22 juillet 1987 [1] a instauré le droit des citoyens à une information sur les risques majeurs auxquels ils sont soumis sur tout ou partie du territoire, ainsi que sur les mesures de sauvegarde qui les concernent. La loi du 13 août 2004 sur la modernisation de la sécurité civile [2] fait preuve d’une grande ambition en désignant le citoyen comme « acteur de sa propre sécurité et de la sécurité civile ».

L’information du citoyen se fait à minima par les dispositifs réglementaires de sensibilisation au risque, dans lesquels est investie la plus grosse part des moyens dédiés à l’information préventive. Elle impose pour ce faire des outils réglementaires de sensibilisation au risque inondation : repères de crue, réunions publiques, Document d’information communal sur les risques majeurs (DICRIM), affichage des consignes de sécurité, Information acquéreur-locataire (IAL), principaux fers de lance de l’information préventive en France.

Les dispositifs réglementaires restent encore généralement peu connus des populations qui ont donc une perception très partielle des risques qu’elles encourent.

Malgré cet arsenal réglementaire, les récents évènements montrent que les comportements inadaptés persistent.

Les conclusions en 2018 de nos travaux d’évaluation [3] de ces dispositifs sur deux sites pilotes, Arles et Orléans, sont sans appel : les dispositifs réglementaires restent encore généralement peu connus des populations qui ont donc une perception très partielle des risques qu’elles encourent. Cette étude souligne, entre autres, une méconnaissance des comportements à adopter, un manque de personnalisation des supports de transmission et des outils, mais également des mécanismes politiques et assurantiels mal adaptés. Cela s’explique en partie par la constitution de messages parfois contradictoires et souvent trop généraux, des présupposés mal étayés : le seul fait d’être informé des risques ne suffit pas à engendrer l’adaptation comportementale. Les objectifs sont parfois confondus ; objectif d’information et objectif comportemental doivent être distingués.

Le seul fait d’être informé des risques ne suffit pas à engendrer l’adaptation comportementale (...) objectif d’information et objectif comportemental doivent être distingués.
 

Des perspectives d’améliorations des démarches de sensibilisation dans le champ hors réglementaire

Fort de ces enseignements, le CEPRI a constitué un panorama des outils de communication [4], hors champ réglementaire, dédiés au risque inondation. Ce travail débuté en 2018 a permis de dresser à l'échelle nationale, un état des lieux des démarches de sensibilisation engagées en dehors du cadre réglementaire de l’information préventive sur les risques majeurs. Il s’appuie sur l’analyse de 200 dispositifs sur l’ensemble du territoire en tenant compte de la diversité géographique, et des différents types de risques et d’aléas d’inondation. Ce document s’est également appuyé sur des entretiens avec des acteurs de la sensibilisation au risque inondation.

Cet inventaire a permis de dresser un état des lieux par type d’initiatives en fonction de leur porteur, de leur destinataire, de leur contexte, de leur coût, de leur montage, de leurs canaux de diffusion, de leur fréquence…

Le rapport de compose de trois parties : une typologie des actions, les résultats et une analyse de ces dispositifs non règlementaires. 130 fiches ont été élaborées pour illustrer la diversité des pratiques identifiées.

Les trois typologies proposées permettent de pointer différents mécanismes de communication. Elles sont complémentaires et ne doivent donc pas être lues de manière séparée, mais plutôt s'articuler selon les objectifs visés. Elles permettent d'enclencher des dynamiques différentes qui doivent réussir à s'entrecroiser.

 

© Syribt
  • Les démarches de mise en commun (plaquette, guide, plateformes informative et collaborative, cartographie, observatoire, exposition, concours, photothèque…) servent le plus souvent à capitaliser de l'information pour permettre une meilleure appropriation de certaines notions parfois difficiles à appréhender. Ces actions doivent avoir comme ambition principale de trouver des supports adaptés pour relayer et vulgariser ces connaissances et les faire vivre dans le temps. Ex. : Le film « Ça n’arrive pas qu’aux autres, l’Arbresle 2008 » du syndicat de rivières Brévenne Turdine (SYRIBT) : https://youtu.be/XL3qn7qpNek

 


© CPIE Pays de Vaucluse
  • Les démarches de mise en récit (exposition, film, parcours dédiés, jeux, maquette, créations artistiques, évènements commémoratifs…) servent à amorcer un dialogue. Ces projets sont donc à envisager en tant qu'élément déclencheur selon les interactions qu'ils souhaitent susciter. L'enjeu principal est de pouvoir définir le contexte privilégié dans lequel ils peuvent se déployer ou le type d'évènements ou de narrations sur lesquels ils peuvent s'appuyer pour solliciter curiosité, participation et intérêt.  Ex : La Maquette Rhône et Sens Du CPIE Pays de Vaucluse : https://www.apare-cme.eu/fr/article/les-maquettes-rhone-sens-et-leur-application-smartphone-sont-pretes

 


© Mines Saint-Etienne
  • Les démarches de mise en situation (simulation, formation immersive, exercice grandeur nature, réseau de solidarité…) invitent leur public à construire ou conforter leurs propres connaissances. Ces dispositifs doivent permettre une approche réflexive de façon à conférer une responsabilité aux personnes qui s'investissent dans ces actions.  Ex : Le jeu de simulation de gestion de crise inondation Cit’ in Crise de l’École nationale supérieure des Mines de Saint-Étienne : https://citincrise.mines-stetienne.fr/

Inciter les acteurs publics à construire une stratégie globale de sensibilisation, composée de différentes typologies d’actions permettant de cibler plusieurs objectifs et plusieurs publics.

À l’issue de ce travail, il ressort des principales conclusions, qu’il est nécessaire d’inciter les acteurs publics à construire une stratégie globale de sensibilisation, composée de différentes typologies d’actions permettant de cibler plusieurs objectifs et plusieurs publics. Il peut également être bénéfique de ne pas se lancer dans des actions trop ambitieuses dès le départ, mais plutôt de construire une stratégie à mener sur un temps long. La stratégie arrêtée doit nécessairement s’accompagner d’une phase souvent oubliée : l'évaluation. Les démarches ne doivent pas être juste sondées quantitativement, mais mesurées selon des critères qualitatifs permettant de saisir leur appréhension et leurs impacts, afin d’entrer dans des démarches d’amélioration continue.

Forts de ces enseignements, les collectivités territoriales ont tout intérêt à s’appuyer sur le cadre des programmes d’actions de prévention des inondations (PAPI) pour mettre en place d’ambitieuses stratégies de sensibilisation des populations. Ces PAPI apportent des diagnostics précis du territoire, permettant ainsi de s’appuyer sur des bases de connaissances solides, et déterminant des besoins prioritaires au regard des enjeux concernés. Ces programmes mobilisent déjà un grand nombre d’acteurs, servant de base à la constitution de comité de pilotage particulier à l’information préventive, tout en mobilisant des compétences complémentaires dans le domaine de la communication et de l’art, entre autres. Enfin, ils permettent de bénéficier de cofinancement.

Les collectivités territoriales doivent s’engager dans des démarches volontaristes au-delà des seules obligations réglementaires, car ce n’est qu’à ce prix que les territoires se doteront d’une culture suffisante pour permettre aux populations de faire face aux enjeux futurs, liés aux effets du changement climatique.

 

 

[1] Loi n°87-565 du 22 juillet 1987 relative à l'organisation de la sécurité civile, à la protection de la forêt contre l'incendie et à la prévention des risques majeurs

[2] Loi n° 2004-811 du 13 août 2004 de modernisation de la sécurité civile

[3] Rapport EDRRIS "Évaluation des dispositifs réglementaires sur le risque inondation et la sensibilisation" et sa synthèse https://www.cepri.net/publications-et-documents.html

[4] Panorama des outils de sensibilisation – CEPRI – 2020 http://cepri.net/publications-et-documents.html

 

// Cet article fait partie de la version extensive du Risque Infos n°43 sur le Web (le lire en PDF), il poursuit le dossier spécial sur l'information préventive de la revue papier que vous pouvez lire ici :



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