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Risques naturels à Allevard (38) : deux enquêtes pour évaluer l’impact des actions d’informations

Le 02-09-2008 | Par Sébastien Gominet - Géographe, IRMa | 7833 vues | Recommander cet article | Ajouter aux favoris |
Risques naturels à Allevard (38) : deux enquêtes pour évaluer l’impact des actions d’informations
Le torrent du Bréda en crue le 23 août 2005 © Mairie d'Allevard

L’IRMa a confié à deux étudiants en sociologie de l’université Pierre Mendes France à Grenoble la réalisation d'une enquête comparative pour évaluer l’impact des actions d’informations menées dans la commune d’Allevard au terme de la réalisation de son Plan Communal de Sauvegarde. L’objectif était aussi de mieux comprendre les facteurs sociaux qui influencent le savoir des allevardins sur les risques, leur niveau de connaissance et l’état de leur préoccupation sur le sujet.

Evaluer l’impact des actions d’information menées suppose de connaître au préalable « l’état » des connaissances des Allevardins et c’est pour cette raison que deux enquêtes ont été prévues au commencement du projet : l’une avant et l’autre après la campagne d’information menée par la commune. L’idée était de poser aux habitants d’Allevard les mêmes questions avant et après la diffusion de ces informations et de noter ainsi les éventuels changements.

La première enquête a été réalisée au cours des mois d’octobre et de novembre 2007. Les hypothèses émises, la méthode utilisée et le déroulement de l'enquête sont expliqués dans ce premier article. L’analyse des résultats sera présentée dans les articles suivants. Le rapport réalisé par Aymeric Luneau et Mylène Duaut sur lequel s'appuie ces articles est disponible en PDF, de même que le questionnaire utilisé au bas de cette page.

La deuxième enquête a été réalisée au mois de juillet dernier, peu de temps après la diffusion du DICRIM, l’organisation de la réunion publique et la mise en place de l’exposition (fin juin 2008). Les résultats sont en cours d’étude.


La commune d’Allevard

Elle est située à une quarantaine de km au nord de Grenoble, sur le flanc ouest de la chaîne de Belledonne. Son territoire s’étend de 700 m à 2789 m d’altitude. Il est traversé par le Bréda, rivière torrentielle qui draine une grande partie du massif de Belledonne et par plusieurs de ses torrents affluents. Le risque de crue torrentielle est le plus important sur la commune même si l’on y rencontre l’ensemble des autres risques communs à toutes les communes de montagne : éboulements et chutes de pierre, glissements de terrain, effondrements, avalanches. Touristique l’été (présence de Thermes) et l’hiver (station du Collet), la commune d’Allevard est aussi aujourd’hui un lieu privilégié d’accueil pour les personnes travaillant dans la vallée du Grésivaudan, voire à Grenoble ou Chambéry.

La commune a fait l’objet d’un Plan de Prévention des Risques naturels prévisibles (PPR) approuvé par arrêté préfectoral le 31/07/2003. Ce document cartographie les différents risques pour leur prise en compte dans l’urbanisme et l’aménagement du territoire. L’appréciation que nous faisons dans le rapport de la « bonne connaissance », de la « bonne perception », etc. qu’ont les allevardins des risques qui les menacent fait référence aux risques identifiés dans ce PPR.

 

Les hypothèses

Première hypothèse :
Plus l’enracinement au milieu local est fort plus les individus sont susceptibles de se familiariser à un savoir sur les risques naturels.

a) Plus le temps d’habitation est long, plus l’enracinement est susceptible d’être fort et le « savoir » sur les risques naturels conséquent.

b) Il est possible que le lieu habité implique un « savoir » spécifique vis-à-vis des risques naturels ainsi que le lieu d’origine car chaque lieu n’est pas concerné par les mêmes risques naturels, ni la même intensité.

c) La profession, en mettant en contact ou non avec le risque naturel, joue certainement un rôle important.

d) L’enracinement peut influencer la connaissance du PPR.

 

Deuxième hypothèse :
Nous faisons face au risque de deux manières : par une expérience individuelle et par une expérience collective puisque le risque est géré collectivement. Ces deux aspects influenceront le « savoir » sur les risques et, dans une certaine mesure, le comportement.

a) L’expérience individuelle du risque naturel entraîne une mobilisation spécifique de cette notion et un « savoir » particulier.

b) L’expérience collective jouera elle aussi sur ce « savoir » en le confrontant avec d’autres « savoirs ». Si un individu a une mauvaise expérience de la gestion du risque par la collectivité, il est fort probable qu’il comptera ensuite sur ses propres moyens.

 

Troisième hypothèse :
Ce savoir vis-à-vis des risques naturels variera suivant la place qu’ils occupent dans les média (locaux ou globaux) et la position des individus face à ces média.

a) L’attitude des individus prise par rapport au média lorsqu’ils évoquent le thème des risques influencera la réception et la lecture de l’information de ce message. Cette attitude dépendra du vécu et de l’enracinement des individus.

b) La place que les élus réservent à l’information sur les risques naturels influence le regard porté par les citoyens sur les risques. Est-ce que le mot risque est tabou ?

c) La légitimité des acteurs dans la diffusion des messages peut être déterminante.

d) Le médium référent est à prendre en compte pour comprendre le sens donné au risque naturel.

e) Leur expérience du risque naturel est susceptible de jouer sur leur position en termes d’informations sur le risque.

 

 

Le questionnaire

Les questions se répartissent en deux groupes de variables : les variables à expliquer et  les variables explicatives qui permettent d’expliquer le premier type de variables et de répondre aux hypothèses formulées ci-dessus. Chaque question prend sens dès lors que nous la croisons avec une question explicative pour les variables à expliquer, avec une question à expliquer pour les variables explicatives. De cette façon il fut plus facile aussi de vérifier s’il y avait assez de questions pour renseigner efficacement chaque hypothèse.

  Télécharger le questionnaire

 

L’échantillon

Les quotas pour le sexe, l’âge et les PCS (Professions et Catégories Sociales) ont été établis à partir des données du recensement de l’INSEE de 1999. Concernant la répartition géographique des allevardins c’est par contre la liste électorale fournie par la police municipale qui a été utilisée. Allevard a été découpé en six zones dont chacune correspond à un secteur défini dans le PCS :

- Les rives du torrent le « Breda » : population concernée par un risque de crue torrentielle du torrent. La crue de 2005 est l’événement le plus récent

- Bramefarine : c’est le versant ouest d’Allevard. La population est concernée par le risque de crue torrentielle et/ou le risque de mouvement de terrain. Présence d’anciennes mines de fer. La particularité de cette zone est de posséder des ruisseaux en partie « busés », c’est-à-dire sous-terrain, et donc invisible au quotidien.

- Le secteur du Montouvrard, des Panissières, du Colombet, de l’Epeluat, du Guillé, du Bessey (Montouvrard et Cie) : la population est proche d’un risque d’effondrement. Toutefois la population a de très fortes chances de ne pas être touchée si un effondrement survient. Le dernier événement remonte à l’effondrement au Montouvrard en 2001. Présence d’anciennes mines de fer.

- Versant des torrents de Jeanotte et du Buisson (versant est): les habitants sont proches d’un risque de crue torrentielle des rivières de la Jeanotte et de l’Epinette. Le risque est tout de même faible par rapport au Breda ou aux ruisseaux du versant de Bramefarine.

- Le Collet-d’Allevard : la population est proche du risque d’avalanche. Le risque ne concerne que la route d’accès et pas les zones urbanisées.

- Le centre-ville : la population n’est pas concernée par les risques naturels identifiés dans le Plan de Prévention des Risques.

 

Déroulement de l’enquête

300 personnes ont été interrogées en faisant du porte-à-porte et des interviews dans la rue. Cette alternance a permis à la fois d’interviewer les individus qui habitaient dans les zones plus éloignées du centre, de découvrir le terrain et d’observer les spécificités de ces zones.

 

Le traitement des données

Le terme de « traitement des données » désigne la manière dont les étudiants ont procédé pour recoder les données acquises sur certaines variables. Beaucoup d’entre elles ont été recodées (cf rapport) et nous donnerons juste ici l’exemple de la date d’installation, notamment parce qu’il s’agit d’une donnée importante pour expliquer le rapport au risque et la connaissance sur le sujet.

La date d’installation a donc été recodé en cinq catégories de durée variable. Chaque catégorie représente une période historique spécifique en corrélation avec les différents « styles » de prise en compte du risque naturel et les événements produits. Cette corrélation s’appuie sur le recensement des événements qui a été fait lors de l’élaboration du Plan de Prévention des Risques (PPR).

 

1932-1969 : code 3. Durant cette période, les politiques publiques de prévention des risques sont quasi inexistantes. Par ailleurs, il y a de nombreuses crues torrentielles à Allevard.

1970-1989 : code 4. Nous entrons dans la nouvelle ère du risque marquée par une prédominance des ingénieurs sur la définition et le discours sur le risque. Durant cette période, Allevard est concernée par une première cartographie des risques établie en application de l’article R111-2 du code de l’urbanisme (1972) et par les premières Cartes de Localisation des Phénomènes Avalanches (CLPA en 1974).

1990-1999 : code 5. Pour cette période, l’intervention publique se situe sur le Breda avec une étude des risques sur les crues du Breda (1993) et son endiguement (1994) avec une forte récurrence des glissements de terrain (1995, 1999). Le PPR est prescrit par le préfet en 1998.

2000-2005 : code 1. Elle regroupe les gens qui sont susceptibles de vivre la crue de 2005 mais qui ne sont pas à Allevard depuis longtemps. Le PPR est par ailleurs approuvé par le préfet en 2003.

2006-2007 : code 2. Ce sont les gens qui sont arrivés après la crue mais qui tombent en pleine mise en place du PCS.

 

 

En savoir plus :

> Les résultats de la première enquête : questions sur l'évaluation des risques et la préoccupation
http://www.irma-grenoble.com/01actualite/01articles_afficher.php?id_actualite=291

> Les résultats de la première enquête : questions sur l'information, les moyens de gestion du risque, les consignes de sécurité
http://www.irma-grenoble.com/01actualite/01articles_afficher.php?id_actualite=293


Télécharger :

> le questionnaire
http://www.irma-grenoble.com/PDF/actualite/articles/Questionnaire1.pdf

> Le rapport final de l'enquête avec ses annexes
http://www.irma-grenoble.com/PDF/actualite/articles/rapport1_juin2008_annexes.pdf



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