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La gestion des risques : une compétence qui s’apprend

Le 01-12-2022 | Par Lionel Lacroix - référent risques naturels, service politiques des Risques, département de la Gironde | 937 vues | Ajouter aux favoris |
La gestion des risques :  une compétence qui s’apprend
Incendie de Landiras en juillet 2022 © Departement de la Gironde

Depuis 2015, le service de la Valorisation des espaces et de la politique des risques majeurs déploie le Programme départemental des risques (PDR) au sein du Département de la Gironde. Cette volonté politique d’œuvrer sur la gestion des risques, la vulnérabilité territoriale et la gestion de crise est née de la conviction que les risques s’évaluent et que notre exposition peut être réduite : gérer des risques est une compétence qui s’apprend et qui améliorera la résilience du territoire.

Connaitre, sensibiliser, protéger, gérer les crises

Le Plan Départemental des Risques se structure autour de 4 grands axes de travail.

Le premier axe vise à améliorer la connaissance sur les différents aléas auxquels est soumise la Gironde, sur la vulnérabilité des personnes et des biens... Il contribue ainsi à améliorer les outils d’information et des moyens plus opérationnels mis à disposition des élus, des citoyens et des experts dans ce domaine.

Le Plan départemental des risques est structuré autour de la connaissance sur les différents aléas, les opérations de sensibilisation auprès de différents publics, les stratégies de protection, et les capacités à gérer des crises.

Le second axe vise le déploiement de cette connaissance à travers des opérations de sensibilisation auprès de différents publics tels que les collégiens, élus, agents territoriaux, citoyens.

Le troisième axe se concentre sur la mise en œuvre de stratégies de protection quand celles de l’évitement n’ont pu être développées. Cette mission se traduit par une assistance à maitrise d’ouvrage du Département auprès des collectivités de Gironde.

Le quatrième axe a pour ambition d’améliorer les capacités à gérer des crises. Ces dernières années, de nombreux évènements extrêmes (inondation de la Garonne girondine en 2021, orages et évènements pluvieux extrêmes en mai 2020, feux de forêt en Gironde 2022… ) ont impacté le territoire ; la population girondine parvient à éviter des désastres humains en impulsant des mouvements locaux de solidarité, comme lors des inondations dans le Réolais, en sud-Gironde, en 2021[1] qui s’avèrent primordiaux dans ces moments. Cependant, les retours d’expérience, rappellent que cette capacité de gestion de crise doit être améliorée, en particulier par des Plans communaux de Sauvegarde plus opérationnels, des exercices réguliers…, ceci afin de permettre une meilleure efficience des services de secours.

Concrètement, le PDR déploie ses actions soit en interne auprès des services départementaux, soit vers les territoires de Gironde.

4 actions notables pour accompagner les services et les territoires vers la résilience face aux risques

  1. Les diagnostics de vulnérabilité

    Afin de répondre aux obligations des PPRI et au regard de son patrimoine composé de 1 000 bâtiments, le Département de la Gironde a défini, en 2016, une méthodologie spécifique de diagnostics de vulnérabilité aux inondations prenant en compte l’impact d’une inondation sur ses missions de service public. Le Département propose également d’accompagner les collectivités locales dans la réalisation de diagnostics de vulnérabilité aux inondations de leurs bâtiments publics.

    En 2021, un second outil de diagnostic de vulnérabilité pour les points de dysfonctionnement hydraulique le long des routes départementales a été élaboré. Cet outil de terrain, à destination des agents gestionnaire des routes, permet au Département de répondre aux sollicitations locales lorsque des problèmes d’inondation sont posés.  Après une analyse hydrologique, hydraulique et une lecture des gouvernances impliquées, le référent local est en mesure d’une part, de valider la conformité des capacités des réseaux de ressuyages routiers [2], et d’autres part, de replacer le rôle du Département dans le jeu d’acteurs publics compétents sur la GEMAPI, ou encore de la gestion eaux pluviales (urbaines).

  2. La sensibilisation des agents et des elus

    En tant qu’employeur de plus de 6 500 agents, le Département de la Gironde a un devoir de sensibilisation et de protection de son personnel vis-à-vis des risques. Il a donc mis en place des outils et méthodes pour sensibiliser ses agents sur les différents risques majeurs pouvant toucher la Gironde et les bonnes pratiques à connaitre en cas d’évènement susceptibles de les affecter dans l’exercice de leurs missions ou à titre personnel. L’objectif est en effet de développer une culture du risque et de donner des repères aux agents, mais aussi aux bénéficiaires du Département.

    Auprès des élus, le département déploie une offre de sensibilisation à la gestion de crise en proposant sur une journée la participation à un simulateur de crise (Cit’in Crise de l’Ecole des mines d’Ales) et un module de l’IRMA sur les points clés du PCS.

  3. Les cartes de sensibilité aux risques

    Afin de coopérer en interne sur les projets nouveaux ou de rénovation, d’apporter des avis sur des documents de planification en tant que personne publique associée, le Département a construit des cartes de sensibilité aux différents risques majeurs de Gironde. Ce travail d’illustration se poursuit aujourd’hui par le développement d’un système d’information géographique sur lequel, dans un futur proche, il sera possible, pour les acteurs clés de la gestion territoriale (porteurs de la compétences GEMAPI, Groupement d’Intérêt Public spécialisés, et autres EPCI œuvrant à la gestion des risques en Gironde), de consulter ces informations, et d’utiliser un logiciel facilitant la conduite des opérations en gestion de crise.

  4. L’assistance technique

    Le Département déploie une offre d’ingénierie auprès des collectivités sur la gestion des risques, et plus spécifiquement, sur le risque inondation. Sous forme d’assistance à maitrise d’ouvrage, le Département est en mesure d’accompagner les collectivités sur des problématiques de stratégie de protection, des études, des travaux, comme la mise en place de schéma directeur des eaux pluviales avec zonage règlementaire et intégration du volet risque ainsi qu’une définition des niveaux de services et des niveaux d’alertes, le tout construit en groupement de commande entre plusieurs communes pour une meilleures cohérence hydraulique. Depuis 2018, la mise en place de la compétence GEMAPI et la reconnaissance des 400 km de systèmes d’endiguement est un sujet mobilisateur. Des outils d’aide à la décision sont mis au point tout en maintenant une dynamique de partenariat entre les porteurs des 5 PAPI en Gironde et les services de l’Etat.

    A noter que par solidarité territoriale, le Département porte un régime de soutien financier autour du risque permettant de participer à l’effort d’investissement des collectivités, en étude et en travaux.

ZOOM sur les principaux risques en Gironde

Risque inondation

En Gironde, l'inondation peut avoir plusieurs origines : débordement de cours d’eau, submersion marine, phénomènes de ruissellement, remontées de nappes souterraines, rupture d'ouvrage (barrage et digue). La Gironde est traversée par de grands cours d'eau (Garonne, Dordogne, Isle, ...) qui l'exposent naturellement aux inondations d'origine fluviale. En revanche, en aval de la Garonne et de la Dordogne, sous l'influence de l'estuaire de la Gironde, les inondations sont qualifiées de fluvio-maritimes car mettant en jeu les facteurs suivants : coefficient de marée, vent, surcote atmosphérique et débit du fleuve. De plus, le département girondin est considéré comme exposé aux inondations issues de fortes précipitations et d'orages violents pouvant se produire sur toute partie du territoire et engendrer le débordement des cours d'eau et des ruissellements catastrophiques.

 
Inondation dans le sud Gironde, à la Réole, en février 2021 © Roberto Giostra - Département de la Gironde

Risque feux de forêt

Un feu de forêt est un incendie qui se propage sur une étendue boisée. Il peut être d’origine naturelle (dû à la foudre par exemple) ou humaine. On considère qu'environ 90% des incendies de forêt sont d'origine anthropique, la cause étant, la plupart du temps, des mégots de cigarettes jetés au sol, des feux de camp non surveillés, des défaillances électriques et parfois des actes volontaires.

La Gironde est le second département forestier de France et le premier département français en nombre de départs de feu (DDRM Gironde 2021). Les principales zones à risque du département sont situées à proximité du massif des Landes de Gascogne. Les conditions météorologiques favorisant la sècheresse, la présence d’essences végétales particulièrement combustibles (pins maritimes, résineux) et le relief sont des éléments qui induisent la naissance de feux de forêt virulents et difficiles à éteindre sur le département.


Incendie dans le sud Gironde, en juillet 2022 © Jean-Luc Gleyze - Departement de la Gironde

Risque nucléaire

Le Département accueille la centrale nucléaire du Blayais sur les bords de l’estuaire. Le Département préside la Commission Locale d’Information du Nucléaire (CLIN) et assure son animation. Le rôle de la CLIN est de représenter la société civile auprès des autorités nucléaires du blayais, d’assurer un rôle d’information, de sensibilisation et d’acculturation au risque nucléaire auprès de la population.

Risque mouvement de terrain

Le Département comporte une importante zone de roche calcaire engendrant des problématiques d’effondrement de karst ou de carrière de pierre. De plus, des phénomènes de gonflement/retrait d’argile se font de plus en plus sentir sur les habitations depuis les importantes sècheresses de ces dernières années.

Les actualités 2023 : résilience des RD, feu de forêt et perception des risques en psychologie

Le Département lancera une étude en 2023 intitulée la « Résilience des routes départementales le long des fleuves ». Cette opération vise à établir le diagnostic et les pistes de travail pour faire face à la vulnérabilité du réseau routier girondin impacté par les inondations et une morphologie dynamique de la Garonne, de la Dordogne, de l’Estuaire et du Bassin d’Arcachon. Cet objectif s’intègre dans une réflexion plus globale des mobilités en Gironde.

En 2022, le Département a lancé son second appel à projet « Résilience des territoires face au risque feu de forêt » qui consiste à accompagner les communes à s'adapter aux changements climatiques

En 2022, le Département a lancé son second appel à projet « Résilience des territoires face au risque feu de forêt ». Les incendies ont tendance à se multiplier ces dernières années, favorisés par les dérèglements climatiques : températures de plus en plus élevées, faibles précipitations et vents violents. La Gironde est un département particulièrement concerné par ce risque (cf. les incendies de cet été), en raison de sa surface boisée de 10 000 km2 associée à une croissance démographique toujours plus importante (1,62 million en 2019). De ce fait, le risque feu de forêt pèse lourdement sur les enjeux girondins. Cet appel à projets consiste donc à accompagner les communes et leurs groupements dans la mise en œuvre d’investissements permettant de les préparer au risque feu de forêt en améliorant leur capacité à s’adapter aux changements qui se dessinent.

S’appuyer sur la psychologie sociale et la perception des risques afin d’améliorer l’information préventive et la participation citoyenne sur le sujet des risques

Enfin, en 2023, le Département poursuivra sa démarche d'ouverture vers le domaine de la psychologie sociale et la perception des risques. Cette thématique a été présentée lors d’une conférence organisée le 13 octobre 2022 lors de la Journée nationale « Tous résilients face aux risques » . Plusieurs chercheurs ont mis en évidence les études fondées sur des analyses en psychologie qui questionnent les individus sur leur vision du territoire et leur appréhension face au risque. Une table ronde a rapporté cette thématique aux zones inondables en Gironde, en abordant la question de leur gestion, leur aménagement dans l’avenir et la place de l’humain dans cet environnement.

Considérer le risque non pas tel qu’il peut être modélisé par des scientifiques, mais tel qu’il est perçu par les personnes susceptibles d’y être confrontées.

Le but visé de s’appuyer sur la psychologie sociale est de mieux cerner l’impact des représentations et comportements dans les choix des individus et des collectivités face à un risque. Elle permet la création d’un dialogue entre la population et les experts, favorise le partage des ressentis de chacun, et associe concrètement la population à la prise de décision. Il s’agit de faire un pas de côté et de considérer le risque non pas tel qu’il peut être modélisé par des scientifiques, mais tel qu’il est perçu par les personnes susceptibles d’y être confrontées.


Conférence  "La perception des risques majeurs" lors de la journée 13 octobre 2022 © Marie Jacquin Porretaz / CD33

L’enquête menée par la direction de la Valorisation des ressources et des territoires du département auprès d’une soixantaine de personnes riveraines, expertes et élues de l’Estuaire de la Gironde fait émerger des premiers enseignements. Concernant la connaissance du risque par exemple, un écart significatif existe entre les experts et les « non experts », qui est à l’origine de difficultés de communications. Également testée, il s’avère que l’évaluation du niveau de risque par les individus, et ce sans distinction de classe sociale, , met en évidence l’activation de phénomènes psychologiques tels que l’illusion de contrôle (croyance qu’on peut contrôler les situations dangereuses ou éviter les éléments fâcheux), les biais d’optimisme (surestimation de ses capacités par rapport à autrui), ou la déresponsabilisation de certains individus devant le risque (en l’occurrence devant le risque inondation).

Ainsi, un partage et une sensibilisation aux concepts et méthodes de gestion du risque adaptés à ces « biais d’interprétation » permettront d’améliorer l’intégration des consignes de protection par la population, tout comme l’association des personnes à la gestion de crise permettra de mieux préparer la survenue d’un évènement.

 

 

 

[1] Dejeans, A.(2021 , 05 février).  Inondations en Sud-Gironde : la solidarité s’organise en plein chaos. Sud Ouest. https://www.sudouest.fr/gironde/cadillac/inondations-en-sud-gironde-la-solidarite-s-organise-en-plein-chaos-1218571.php

[2] Ressuyage routier : les Départements ont pour compétence obligatoire la gestion des RD et de leur « dépendance » sur l’emprise du faisceau routier. La gestion des eaux de ruissellements sur ces voies routieres est à la charge du Département, indépendamment de la gestion des eaux pluviales ou de la gestion des cours d’eau



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